Entretien avec Mario Borghezio,
Depute de la "Lega Nord" au Parlement Europeen


фотоSur l'immigration en Italie, sur la "Loi Bossi-Fini", sur le "mandat d'arret europeen", sur l'entree de la Turquie dans l'UE, sur les axes de combat pour les Europeennes de juin 2004

Ne en 1947 a Turin, Mario Borghezio est docteur en droit, avocat, specialiste du droit du Saint-Empire germanique diplome de l'Universite de Modene. Il est elu parlementaire de la "Lega Nord" en 1992, devient vice-ministre de la justice sous le premier gouvernement Berlusconi en 1994; depuis lors il est depute europeen de son parti.

Q. : Monsieur Borghezio, vous avez ete vice-ministre de la justice dans le premier gouvernement Berlusconi en 1994. Pourquoi avez-vous ete choisi pour remplir cette fonction?

MM : J'etais l'homme qui traitait les dossiers relatifs a la mafia, la criminalite et l'immigration dans les diverses commissions de la "Lega Nord", dont je suis par ailleurs l'un des fondateurs. A la suite de mon mandat de Vice-Ministre, j'ai ete membre de la "Commission anti-mafia" du Parlement italien pendant trois legislatures. Le probleme que j'ai aborde en priorite pendant tout ce temps a ete celui des prisons. En Italie, elles etaient pleines a craquer. On craignait l'explosion. Cette situation etait due aux dizaines de milliers de detenus immigres qui affluaient dans nos etablissements penitenciers. L'actuel ministre Roberto Castelli, membre, lui aussi, de la "Lega Nord", realise notre programme dans une belle continuite, dans la mesure ou l'Etat fait construire de nouvelles prisons, une politique que la gauche refusait car elle etait en faveur de vagues d'amnisties generales pour vider les centres de detention avant l'expiration des peines pour les remplir de nouveaux detenus, qui devinaient qu'ils ne purgeraient jamais leur peine complete. Nous avons veille a ce que les espaces dans les prisons italiennes soient repartis selon les origines ethniques et religieuses des detenus, ce que bien souvent d'ailleurs ils souhaitent eux-memes. La "Lega Nord" a donc impulse une politique plus severe, hostile a ces amnisties qui ramenaient a intervalles reguliers les criminels dans la rue. A leurs yeux, l'Etat italien n'etait qu'un Etat fantoche, affaibli par un laxisme incomprehensible. Castelli et moi-meme avons toujours souleve le probleme des conditions de vie de nos concitoyens plus demunis, contraints de vivre dans des quartiers soumis a une immigration debordante, comme c'est le cas a Milan, Turin, Verone et Padoue. Personnellement, j'ai organise des marches de protestation et des manifestations de citoyens et de commercants, lasses de subir l'insecurite, en grande partie due a l'immigration clandestine.

Q. : L'Italie connait une loi, que l'on appelle la "Loi Bossi-Fini", qui impose des restrictions a l'immigration. Qu'en est-il?

MM : La Loi Bossi-Fini sur l'immigration est le resultat des reflexions et des travaux fournis par les diverses commissions de la Ligue, qui s'est davantage occupe des questions migratoires que l'Allianza Nazionale. Cette loi fixe clairement le parcours juridique des expulsions. Avant, avec le laxisme de la gauche, l'immigre clandestin expulse recevait un simple papier qui lui signifiait son expulsion. Vous imaginez bien que ce simple papier etait inutile, car on ne prenait aucune mesure concrete et la desobeissance a l'ordre d'explusion n'avait aucune consequence legale. Si le clandestin restait en Italie et venait a etre repris par un service de police, il n'etait pas sanctionne. On lui donnait un deuxieme papier! Aujourd'hui, ne pas obeir a l'ordre d'expulsion est un delit. De cette maniere, l'Italie peut mieux combattre l'immigration clandestine et les diverses formes de criminalite qui y sont liees.

Q. : Quelles sont les principales composantes de l'immigration qui pose probleme en Italie aujourd'hui? Quelle est la nature de la criminalite attribuable a ces groupes particuliers?

MM : Pour repondre a votre question, il faut d'abord formuler une remarque sur la situation generale : l'immigration se concentre essentiellement dans les zones urbaines du Nord de l'Italie, que nous appelons la Padanie, soit le bassin du Po. La reaction de la population a ete vive, a porte notre parti au pouvoir (en depit de sa localisation limitee aux provinces du Nord), car elle craignait la submersion, elle craignait de voir la situation devenir totalement incontrolable. Le danger subsiste aujourd'hui. Et les gens craignent que le terrorisme islamiste s'infiltre dans le magma incontrole de l'immigration clandestine. Beaucoup d'observateurs politiques et economiques constatent d'ores et deja qu'il existe des "zones franches" ou "zones de non droit" (comme on dit en France), ou personne ne sait vraiment ce qui se passe. La "Lega Nord" et moi-meme, personnellement, avons organise des manifestations devant des centres islamiques qui prechaient la violence et le terrorisme ou qui recrutaient des hommes de main pour des activites violentes ou terroristes. Plus particulierement, a Turin, a Cremone et a Varese, nous avons pu decouvrir que certains groupes islamistes avaient des liens avec les fauteurs de l'attentat sanglant de Casablanca au Maroc, apparemment le meme reseau que celui qui a commis l'horrible forfait de Madrid, le 11 mars 2004.
Les groupes les plus dangereux, en matieres de violence et de terrorisme potentiel, sont constitues de ressortissants nord-africains agites par l'ideologie salafiste. Ils sont tres actifs chez nous, comme en Belgique ou en France, et apportent, dans la plupart des cas, un soutien financier aux activites diverses de l'islamisme radical. Ces fonds proviennent des multiples activites de l'immigration clandestine, comme le trafic de drogue, les activites commerciales non declarees ou enregistrees, comme la plupart des "phone-shops" en Italie. Ces activites commerciales ont une facade legale, mais sont en fait les paravents d'activites illegales, surtout en ce qui concerne la fabrication de faux documents, le recel de marchandises volees ou introduites en fraude dans l'UE, etc.
La deuxieme composante de l'immigration clandestine en Italie est constituee d'Albanais, qui arrivent facilement chez nous, en utilisant des embarcations de fortune, les "scafisti", dotees de petits moteurs qui permettent de traverser l'Adriatique et de debarquer clandestinement sur les cotes des Pouilles. L'actuel gouvernement est parvenu a freiner, voire a bloquer, cette immigration mais la presence des mafias albanaises est desormais bien ancree dans le pays, a cause du laxisme des gouvernements de gauche, qui ont regularise aveuglement des centaines de milliers de clandestins, sans aucune verification ni difficulte.
Le troisieme groupe est constitue de Chinois, qui ne sont pas criminels au sens habituel du terme, mais presentent un danger economique et social evident, notamment pour les petits artisans locaux et pour les restaurants. La presence des Chinois et leur redoutable efficacite a ruine des milliers et des milliers de petits artisans italiens, surtout dans le domaine du cuir. Cette concurrence deloyale cree du chomage et un mecontentement legitime. Les Chinois excellent dans l'art des contrefacons. La situation conduit a la ruine de bon nombre de traditions artisanales et micro-economiques locales.

Q.: Vous vous etes insurge contre l'idee d'un "mandat d'arret europeen"? Pourquoi?

MM : Nous nous opposons fermement a cette idee de "mandat d'arret europeen". C'est, a nos yeux, un projet orwellien issu tout droit des esprits delirants de la nomenklatura euro-bruxelloise. Cette idee met la liberte du citoyen en danger et vise principalement ceux qui pronent ou proneraient des opinions jugees "non conformes" ou "politiquement incorrectes". Ainsi, un citoyen danois pourrait etre poursuivi par un magistrat francais parce qu'il est membre du "Parti populiste" local, dans un pays ou la liberte d'expression est totale, meme pour ceux qui s'opposent aux immigrations, alors qu'en France celle-ci est jugulee par toutes sortes de lois arbitraires et scelerates. Le danger sera plus grand encore si la candidature turque est acceptee : n'importe quel citoyen allemand ou grec qui aurait montre des sympathies pour le combat des Kurdes ou qui se serait oppose a la candidature turque a l'UE pourrait, en theorie, etre cite a comparaitre devant un tribunal turc. Notre ministre de la Justice, Roberto Castelli, issu de la "Lega Nord", s'y oppose formellement et fermement. Grace a lui, jusqu'ici, l'Italie tient bon et ne cede pas. Nous n'accepterons cette idee de mandat d'arret europeen que s'il est assorti de serieuses garanties quant aux droits fondamentaux des citoyens, en matiere de liberte d'opinion.

Q. : Vous vous opposez egalement a l'entree de la Turquie dans l'UE?

MM : Oui. Sur le plan international, c'est un de nos axes de combat principaux. Pour les elections europeennes de juin 2004, nous dirons "non" a l'entree de la Turquie, non au "mandat d'arret europeen", non a une constitution qui n'est pas l'expression de la volonte des peuples et de leurs valeurs identitaires, mais est davantage l'?uvre d'un grand sanhedrin constitues par les banquiers, les dirigeants des trusts anonymes, bref du mondialisme dans toute son "horreur economique" pour reprendre l'expression favorite de Viviane Forrester, une femme de gauche.

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