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AMBITION ET POLÉMIQUE. L’ACTIVITÉ ANTI-HITLÉRIENNE D’OTTO STRASSER À MONTRÉAL ET LA RÉVOLUTION CONSERVATRICE, 1941-19431Joey CLOUTIER Candidat au doctorat en histoireUniversité de Montréal [http://www.hist.umontreal.ca/u/cahiers/XIX1Cloutier.htm] |
La production historique portant sur l’exil d’Otto Strasser au Canada est
marquée par la rareté à la fois quantitative et qualitative2. Nous
proposons donc d’analyser la pensée d’Otto Strasser en étudiant ses textes
rédigés à Montréal. Leur analyse permettra de faire ressortir les thèmes
et valeurs d’une pensée et d’une vision du monde sur lesquelles est fondé
un programme politique qui ne mourra pas avec la défaite du nazisme, mais
qui lui survivra, d’abord au sein du propre parti de Strasser (DSU -
Deutsch-Soziale Union), puis en inspirant des partis d’extrême droite tels
le NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands) et même le Front
National en France à une certaine époque.
1. Influences intellectuelles et action politique, 1919-1933
Otto Strasser naquit à Windsheim en Bavière le 10 septembre 1897. Son
père, fonctionnaire de justice de l’État bavarois, initia très tôt ses
enfants à la politique par le biais de soirées consacrées à des
discussions sur le sujet. Pour Peter Strasser, le socialisme chrétien et
national s’imposait comme seule voie politique possible pour l’Allemagne
du tournant du siècle3.
À dix-sept ans, Strasser s’engagea pour le front, dont l’expérience
constitua sans doute l’une des pierres d’assises de sa carrière politique.
La guerre en tant que telle et, plus précisément, le retour et le choc
causés par l’ampleur de la défaite lui firent prendre conscience que son
destin était manifestement lié à celui de l’Allemagne. A posteriori, il
écrira : " la solution au futur de l’Allemagne devint ma tâche personnelle
"4. De même, il garda de la vie au front un sentiment et un esprit
communautaires dont les traces sont visibles dans plusieurs de ses écrits
polémiques et politiques5. Quant à sa participation en 1919 à la
répression de la révolution communiste à Munich au sein du corps franc du
général Ritter von Epp, elle se pose comme l’origine de sa méfiance à
l’égard du bolchevisme, de son nationalisme qualifié de " revanchard " par
Patrick Moreau, ainsi que d’un certain antisémitisme6.
Alors que son frère Gregor se lança, dès la révolution communiste matée,
dans la politique active, d’abord en mettant sur pied la division de
Landshut de l’Association nationaliste des soldats7 puis en devenant
membre du parti national-socialiste naissant, Otto Strasser retourna aux
études qui avaient été interrompues par la guerre. Toujours attiré par le
socialisme chrétien qui s’imposait alors comme catalyseur de sa pensée
politique, il fonda, en tant que membre du SPD, l’Association
universitaire des anciens combattants du SPD8, et se fit même élire au
parlement estudiantin. Dans la même foulée, il organisa en 1920 trois
centuries socialistes qui défendirent le quartier berlinois de Steglitz
contre les putschistes de Kapp9.
Cependant, le sort réservé aux ouvriers de la Ruhr laissés aux mains des
corps francs, et ce malgré les promesses qui leur avaient été faites par
le gouvernement, écoeura Strasser à un point tel qu’il quitta le parti10.
Cet événement qui marquait sa rupture définitive avec la social-démocratie
le désempara. De retour à Munich au début de l’automne 1920, il fit la
rencontre de Ludendorff et de Hitler, pour lequel il entretint dès l’abord
de l’antipathie. Évidemment, Strasser refusa alors d’adhérer au NSDAP11.
Parallèlement à la poursuite de ses études en économie (il remettra sa
thèse en 1925), Strasser fréquenta, entre 1920 et 1925, les cercles de
discussions révolutionnaires-conservateurs, où il put se familiariser avec
les thèses des Jünger, Jung, Moeller van den Bruck et Spengler. Par ces
fréquentations et l’étude des idées de Moeller van den Bruck et de
Spengler, il trouva les jalons qui guideront sa carrière politique.
L’échec du putsch de Munich en 1923 signait l’arrêt passager des activités
du NSDAP. Hitler fut emprisonné et le parti interdit. Au sud de
l’Allemagne, les membres se fondirent au sein des organisations
paramilitaires racistes qui y étaient légion, tandis qu’au nord, on forma
le Mouvement nationaliste grand-allemand pour la liberté12. Cette refonte
du NSDAP-nord pour obvier à son interdiction, permit à Gregor de débuter
l’énorme travail d’organisation du parti pour le nord de l’Allemagne.
Hitler en prison, Gregor avait donc les coudées franches et pouvait mettre
en branle son plan de construction d’un noyau " socialiste " dans cette
partie de l’Allemagne. C’est dans ce but, précisément, que Gregor invita
Otto à mettre en valeur ses talents de théoricien, ce que ce dernier
accepta d’emblée, puisqu’il trouvait dans ce projet l’expression de la
synthèse des idées nationale et sociale13. Avec les gauleiters et les
cadres de cette partie de l’Allemagne (Goebbels, Schlange, Kaufmann,
etc.), le groupe s’attacha à adapter le programme fondateur du NSDAP (les
" vingt-cinq points ") de 1920 à la réalité socio-économique particulière
du nord-ouest de l’Allemagne, industrialisé et gagné aux partis de
gauche14.
Le projet de rénovation du parti se pose ainsi comme une première ébauche
du programme politique strassérien. Fruit des travaux et réflexions de la
Communauté de travail des gauleiters nord- et ouest-allemands du NSDAP15,
il proposait des améliorations et approfondissements aux points un peu
confus ou dépassés du programme de 1920, sur les plans de la politique
étrangère, de la politique intérieure et de l’organisation de l’État
national-socialiste, de l’économie et de la politique culturelle16. Par la
suite, "?Les quatorze thèses de la Révolution allemande " (1929),
"?National-socialisme et État " (1929), puis Construction du socialisme
allemand (1932), amèneront à maturité ce programme politique ainsi que ses
fondements idéologiques17.
2. L’exil
L’antagonisme entre les " socialistes " et la centrale munichoise allait,
entre 1925 et 1930, constamment grandir. La fin de non-recevoir opposée
par Hitler au projet de rénovation rédigé par les gauleiters de
l’Allemagne du nord, l’adhésion de Goebbels aux idées de Hitler,
l’activité déployée par la machine munichoise à l’encontre des frères
Strasser et de leur groupe, débouchèrent, le 4 juillet 1930, sur la
scission de Strasser et des " socialistes " du parti18. Cet événement
força Strasser et son groupe à une certaine clandestinité, et ce même
avant la prise du pouvoir nazie en janvier 1933. Cet exil intérieur se
mua, bien sûr en 1933, en véritable exil, alors que Strasser dut se
réfugier d’abord en Autriche et en Tchécoslovaquie, puis successivement en
Suisse, en France et au Portugal. C’est de cette dernière étape, en
septembre 1940, qu’il fut secouru par les services secrets britanniques
ou, plus précisément, par le SOE (Special Operations Executive), agence
responsable de la subversion, de la propagande et du support à la
résistance19.
Lorsque Strasser arriva au Canada en avril 1941, la presse lui accorda un
accueil plutôt favorable. Le caractère spectaculaire de son activité était
attisé par le correspondant de guerre pour le Times de Londres, Douglas
Reed, ainsi que par Strasser lui-même, qui ne manquait jamais une occasion
de vanter son action, de souligner sa haine pour Hitler, et de rappeler
qu’il possédait des informations prétendument secrètes au sujet des plans
de guerre nazis. Son arrivée fut donc considérée comme celle d’un allié
qui, fort de son réseau de résistance et de ses informations, aiderait les
Britanniques à vaincre l’Allemagne nazie qui, à cette époque précise de la
guerre, connaissait des succès militaires. En préambule de sa chronique
bi-hebdomadaire dans les pages du quotidien montréalais The Gazette, on
présentait Strasser comme :
[...] le fondateur et chef du Front Noir, le plus grand mouvement
clandestin de résistance d’Allemagne. Sur la base de sa connaissance
intime du parti nazi et de ses chefs, combinée avec le flot continu
d’informations lui parvenant hebdomadairement d’Allemands de tout acabit,
incluant des officiers de l’armée, des fonctionnaires d’État et des
membres du parti nazi [...]20
Dans une critique du livre de Douglas Reed, Nemesis ? The Story of Otto
Strasser and the Black Front, paru dans The Gazette du 4 octobre 1941,
Donald C. MacDonald présentait Strasser de façon plutôt flatteuse, le
dépeignant comme le "?premier leader national-socialiste à s’être joint
aux rangs de la résistance pour ensuite combattre sans relâche tant en
Allemagne qu’à l’extérieur del’Allemagne21". Traitant d’un livre rédigé
par Strasser, Germany Tomorrow, MacDonald ira même jusqu’à le conseiller "
à tout étudiant sérieux intéressé à l’histoire présente22". Ce même
journaliste n’hésitera pas, dans un article portant sur l’entrée des
États-Unis dans la guerre, de faire de Strasser " l’anti-nazi numéro un
"23.
Mais cette aura pâlira avec le temps : au fur et à mesure que les Alliés
prendront l’initiative, les articles de Strasser perdront de leur
importance et de leur pertinence, et les lecteurs cesseront de croire à ce
type de ragots. L’isolement progressif de Strasser peut être ressenti dans
son écriture : de plus en plus, ses propos sont invraisemblables, voyant
dans les gestes de tout un chacun les signes de l’éclatement imminent du
régime hitlérien. Sous les pressions des autorités britanniques, le
gouvernement canadien dut consentir à museler Strasser, lui interdisant
formellement toute activité publique. Strasser continua tout de même à
publier et les autorités n’eurent d’autre choix que de le condamner en
vertu des Lois pour la Défense du Canada. Strasser vécut chez un ami en
Nouvelle-Écosse et ne put retourner en Allemagne qu’en 1955, où il créa un
parti d’extrême droite, l’Union sociale allemande (DSU).
3. La Révolution conservatrice à Montréal. Analyse thématique de
l’activité de pamphlétaire d’Otto Strasser
Nous entendons par " Révolution conservatrice " le mouvement
d’intellectuels d’extrême droite, dont les thèses furent publicisées par
des auteurs tels queArthur Moeller van den Bruck, Oswald Spengler, Ernst
Jünger, Edgar Jung, Wilhelm Stapel, ou encore Ernst Niekisch. La
Révolution conservatrice entend détruire le " système " démocratique et
vise à une modernisation du nationalisme allemand, qui intégrerait les
effets de la modernisation, de la technique et de l’avènement des masses.
Son côté conservateur s’exprime par la volonté d’un retour aux valeurs
dites germaniques que sont le sang, le sol et la nation.
L’expérience de la guerre et le choc de la défaite donnèrent l’impulsion
positive au mouvement qui est en fin de compte une " dynamique
conservatrice ", pour reprendre le terme de Louis Dupeux24. L’"?adhésion à
l’Ouest?" que constituent, selon ses tenants, la signature des traités de
Versailles (1919) et de Locarno (1925), et l’entrée de l’Allemagne au sein
de la SDN (1926), ralliera les activistes contre le " système " de Weimar
et ce, bien avant les déboires économiques de 1929-1930. Les
révolutionnaires-conservateurs partagent - et c’est là peut-être leur seul
véritable point commun - une vision ou perception du monde (Weltbildung ou
Weltanschauung) et de l’histoire commune, qui s’oppose essentiellement à
l’héritage politique, économique, social et culturel légué par les
Lumières et la Révolution française. À cela, ils opposent les "?forces de
la Vie ", " la toute puissance de l’Idée ", une communauté du peuple
(Volksgemeinschaft), liée et hiérarchisée organiquement, gouvernée par un
régime corporatiste, dont la valeur suprême est le service à la Nation,
qui prend ici, sous la plume de nombreux auteurs de la mouvance, la forme
d’un être vivant25. Cette vision du monde est dénuée de toute rationalité,
qui est évacuée au profit de l’expérience philosophique, instinctive et
inconsciente de la vie26.
De la lecture des textes rédigés par Strasser durant son exil à Montréal,
nous avons retenu cinq grands thèmes : le prussianisme, le nazisme
hitlérien, l’entre-deux-guerres, la conduite de la guerre, puis
l’Allemagne d’après-guerre et le programme strassérien.
3.1. Le prussianisme
Otto Strasser retrace dans le prussianisme l’origine à la fois du nazisme
et du bolchevisme, de la même manière qu’il y retrouve les germes de la
domination et de l’absolutisme27. Selon lui, c’est imprégnés de cet esprit
prussien que les généraux conduisirent l’Allemagne à la défaite de 1918.
Il ajoute que ces derniers avaient une faim insatiable de territoires, "
le globe terrestre devenait trop petit pour la fantaisie des politiciens
de café qui se partageaient le monde28". C’est ce qui les empêcha de
réaliser le désespoir de la situation et de demander la paix plus tôt,
alors qu’il était encore temps.
L’esprit prussien a insuflé au terme " nation " des velléités
d’impérialisme et de domination, au lieu de retrouver dans cette idée " le
sens de son unité ". L’ambition de la Prusse était de faire l’Allemagne à
la manière des rois de France, ce qui est contraire au caractère allemand.
La Prusse, mue par un esprit vindicatif et militariste, imposa sa
puissance en rassemblant sous son joug des régions jusque-là
indépendantes. Aux yeux de Strasser, cette folie centralisatrice prônée
par la Prusse, l’industrie lourde et par Hitler était anti-allemande :
La Prusse avait su faire sienne l’idée d’unité nationale pour conquérir
peu à peu, au cours du XIXe siècle, tous les États allemands. C’était là
une performance certes remarquable, mais correspondait-elle à la mission
réelle des peuples allemands ?
Cette mission est européenne comme le prouve l’histoire du Saint Empire.
Elle est fédératrice et non pas nationaliste dans le sens impérialiste du
mot29.
Cela rejoint le coeur du problème selon Strasser : la Prusse, de par son
aristocratie terrienne, est fondamentalement anti-européenne. La
bourgeoisie prussienne, adoratrice des junkers et des militaires, adhère
aux mêmes valeurs et idées. Ainsi, par ce consensus qui lie ses élites, la
Prusse a pu maintenir ensemble les États allemands de la même manière
qu’elle assit sa domination sur l’Europe30.
La Prusse et ses piliers, l’aristocratie, l’armée et l’administration,
n’ont cependant pas le courage de leurs convictions. Ils veulent assumer
le pouvoir politique indirectement et ont donc besoin d’un masque, d’une
façade. Sous la république de Weimar, ils utilisèrent Ebert et Hindenburg,
et par la suite, ce fut le tour de Hitler. Strasser, dans un article, émet
même la conjecture suivante : Göring serait le choix des généraux, ce qui
expliquerait la prétendue " propagande?" dirigée par la vieille garde
prussienne, vantant les mérites du chef de la Luftwaffe31.
Il faut chercher l’origine des plans des généraux dans la constante
rivalité, au sein du " système hitlérien ", opposant le parti à l’armée
prussienne. Cette rivalité, selon Strasser, découle de visions diférentes
et fondamentales, qui rendent l’éclatement imminent, sinon inévitable32.
Cet antagonisme se ressent de plus en plus, au fur et à mesure que l’armée
s’enlise en Russie et que le redoutable hiver russe change les données
stratégiques. L’armée (la " réaction?" dans le jargon strassérien)
s’accommode du parti tant qu’elle y trouve son profit. La victoire qui
semble inatteignable et les pertes qui s’accumulent éloignent les généraux
prussiens de leur objectif de domination prusso-germanique de l’Europe33.
Pour terminer l’année 1941, Strasser rédigea un article faisant état de la
désertion des généraux prussiens sous le double choc de l’échec de la
campagne de Russie et de l’entrée en guerre des États-Unis. Par un
parallèle historique fort douteux, il nous dit que les généraux préparent
la dictature prussienne en Allemagne, comme en 1918, lorsque l’échec de
l’offensive du printemps fut consommé. Envisageant la défaite, les
généraux concentrent tous leurs efforts au maintien et à la survie de leur
groupe. Strasser avertit les lecteurs du danger que représente la vieille
garde prussienne : en gardant son armée intacte, en imposant sa volonté
politique sur l’Allemagne, elle cherchera à négocier une paix qui ne sera
rien d’autre qu’une trève, pavant la voie à de futures actions
belliqueuses34.
Strasser, dans son analyse du prussianisme, introduit l’élément de
continuité, d’une évolution historique qui mène vers le nazisme. Pour ce
Bavarois, c’est la survivance des structures socio-économiques
traditionnelles prussiennes qui sont responsables. L’aristocratie, la
bureaucratie, l’armée et le grand capital prussiens sont tous mis au banc
des accusés, en tant que forces porteuses de cette évolution funeste,
contraire au caractère allemand. Hitler, on le verra dans la prochaine
section, est réduit à un rôle d’outil, de " façade " servant leurs
intérêts.
3.2. Le nazisme hitlérien
La conception du " système hitlérien " de Strasser est étroitement liée au
prussianisme, qui permit à Hitler et à ses acolytes de se hisser au
pouvoir. D’entrée de jeu, notons la très nette distinction que fait
Strasser entre le "?national-socialisme " (nationaler Sozialismus -
Strasser dirait plutôt, " socialisme national "35) - idée violée par
Hitler - et le " nazisme " - le mariage de Hitler, de l’industrie lourde
et de l’armée prussienne. Le premier est d’origine tchèque36, fut défendu
en Allemagne par le groupe des frères Strasser au sein du NSDAP entre 1925
et 1930, et jouissait d’une supériorité intellectuelle. Le deuxième fut
offert à Hitler comme un instrument mis au service de sa soif de pouvoir,
lui octroyant de fait une nette supériorité matérielle (SA, SS, armes,
moyens financiers) qui fut décisive dans la lutte opposant la " Révolution
allemande " au " système hitlérien "37.
Pour Strasser, l’hitlérisme est d’abord et avant tout Hitler : dénué de
tout sens moral, intoxiqué du pouvoir, " il était capable des pactes et
des promesses les plus contradictoires et des tricheries de toutes sortes
38". Lors d’une conférence donnée en français à Québec le 7 décembre 1941,
Strasser s’exprimait ainsi : " Parce qu’il s’agit-là de l’essence même de
la folie, de ne pas avoir d’autres limites que celle du territoire. S’il
atteignait ces limites, il continuerait jusqu’aux limites de l’univers -
dans une tentative de détrôner Dieu39 ". Cette soif de pouvoir eut raison
de ses premiers collaborateurs : à l’origine, Hitler était l’homme de
paille et l’instrument politique de quatre hommes, Ludendorff, von Epp,
Röhm et von Kahr40, qui ont tous été trahis au profit du grand capital
prussien. La vieille politique de puissance prussienne, la démagogie
moderne et l’absence de moralité chez la personne de Hitler se juxtaposent
dans la logique strassérienne pour constituer le nazisme hitlérien. La
politique traditionnelle de puissance prussienne a constitué une menace
pour l’Allemagne et l’Europe depuis des décennies, mais elle " devint un
véritable danger mondial à partir du moment où sa force destructrice fut
élégamment vêtue de démagogie moderne - comme une idée qui libérerait les
peuples 41". Tout le mérite de Hitler réside dans le fait qu’il réussit à
convaincre le peuple de la validité et de la légitimité du pouvoir
prussien.
Ernst Jünger et Oswald Spengler expliquent la logique du nazisme comme
étant la création d’un État au sein duquel le peuple, bien nourri mais
dépourvu de droits, travaille pour l’État, qui est représenté et dominé
par la " classe des guerriers "42. Pour Strasser, cette " classe des
guerriers " est constituée de l’industrie lourde, de l’armée, de Hitler et
de ses lieutenants, les seuls qui tirent des bénéfices de cette guerre.
Mais Strasser n’a-t-il jamais ressenti quelque sympathie pour le mouvement
national-socialiste ? Deux exemples portant sur le putsch de 1923, tirés
de Flight from Terror, démontrent que oui :
Les troupes se formèrent rapidement en colonne de quatre. Les bannières
furent montées de façon arrogante. Les yeux brillaient de la promesse des
émotions à venir. Le désir, la jeunesse et le courage étaient les armes
les plus puissantes de cette petite armée. Même les spectateurs, alignés
en bordure, se sentirent soulevés par ce tableau d’hommes qui osent43.
Plus tard, il avouera avoir été impressionné par ce spectacle, par cette
irrésistible dynamique :
Aussi étrange que cela puisse paraître, les effets du putsch de Munich sur
mon esprit furent exactement le contraire de ce que l’on aurait pu
s’attendre. Au lieu de m’aliéner entièrement le national-socialisme, ils
m’ont rapproché du parti, encouragé toute sympathie que j’avais dans le
passé44.
Cette dynamique, si invitante fût-elle aux yeux de Strasser, perdit
rapidement de son attrait en se heurtant aux objectifs de Hitler. Ces
objectifs atteints, il fallait trouver le moyen de maintenir le régime. La
propagande constituait le premier élément. Dirigée par " l’homme le plus
intelligent du système hitlérien ", Goebbels, celle-ci viole consciemment
les nobles sentiments humains à des fins mauvaises, elle utilise et
travaille avec des mots modernes afin d’atteindre des buts réactionnaires
: " ordre nouveau ", " unification de l’Europe ", " nécessité de
l’expansion agricole ". Le règne de la terreur, avec comme chef de file
Göring, constitue le deuxième élément de la stratégie qui vise à assurer
la stabilité du régime45.
Au début de 1942, Hitler et le pouvoir nazi se préparent à une éventuelle
guerre civile, écrit Strasser. Afin de mater le front intérieur où germent
la révolution et l’agitation, Hitler dissout la SA et renforce la SS.
Selon Strasser, la SA est redevenue un bastion de la " gauche "
nationale-socialiste révolutionnaire, forçant ainsi Hitler à éparpiller
ses chefs et ses troupes dans différentes unités de combat. De façon
concomitante, Heinrich Himmler grossit les rangs de la SS de 500 000
nouveaux hommes, dont la moitié sera en opération dans le Reich même, et
la dote de sa propre force de l’air46. À n’en pas douter, par cet article,
Strasser tente de démontrer que le contexte en Allemagne est propice à la
propagande anti-hitlérienne, et qu’il existe toujours une majorité de "
véritables " nationaux-socialistes de "?gauche?" au sein même du parti,
prète à faire cause commune avec les démocraties pour renverser Hitler et
son régime. Mais ces propos ne servent, en dernière analyse, qu’à
justifier l’action de Strasser, irrémédiablement liée au maintien du
programme de guerre politique du gouvernement britannique (propagande,
guerre de partisans, révoltes...). Strasser, tel un metteur en scène, crée
de toute pièce un scénario qui favorise l’emploi de sa propagande.
3.3. L’entre-deux-guerres
Deux mots, selon Strasser, résument parfaitement la défaite allemande de
1918 : " trop tard ". L’armistice, la défaite déshonorante, la chute des
Habsbourg et celle des Hohenzollern, tout est arrivé trop tard. La paix,
dans un premier temps, aurait dû être offerte plus tôt aux puissances de
l’Entente47. Ce geste de bonne volonté aurait permis la conclusion d’une
véritable paix et aurait évité cette " trève de vingt ans?", imputable
d’abord au fait que les Alliés, inspirés par le Versailles de 1871,
n’aient cherché qu’à affaiblir l’Allemagne - affaiblir l’ennemi ne règle
rien, car une paix conclue sur ces bases ne peut durer que le temps
nécessaire au pays pour reprendre ses forces -, et ensuite, parce qu’on
appliqua " la théorie de l’affaiblissement de l’Allemagne ", un remède du
XIXe siècle, à un mal du XXe siècle. Au lieu de parler de paix, de
reconstruire l’Europe " depuis ses fondations pour créer l’équivalent de
l’Europe du Moyen Âge?", l’on dut se contenter d’une fiction, la Société
des Nations, institution étrangère en raison de ses deux grands
protagonistes, les États-Unis48 et l’Angleterre, deux puissances
extra-continentales49.
Né de la défaite, " le cirque de Weimar " était mû par une constitution
copiée sur les textes français et américain. La Constitution de la
république de Weimar ne créa pas un ordre nouveau mais permit plutôt, sous
le masque de la démocratie parlementaire, aux forces traditionnelles de
l’époque wilhelmienne d’exercer le pouvoir. La domination prussienne, dans
ce contexte, ne s’éteignit pas, mais se perpétua plutôt en prenant des "
masques " - Ebert, Hindenburg - et en concoctant une alliance avec le
national-socialisme hitlérien. Hitler put donc profiter des piliers de la
Prusse que sont l’industrie lourde, l’aristocratie terrienne, l’armée et
la bureaucratie, pour atteindre son objectif de régner sur l’Allemagne50.
Ainsi, pour Strasser, il aurait mieux valu que l’Allemagne ne signe pas le
traité de Versailles, ce véritable goulot d’étranglement. Certes, la
totalité du territoire allemand aurait été occupée " pour un temps?", mais
en revanche, la situation aurait été claire. D’une part, l’Allemagne et
l’Europe auraient pu repartir sur de nouvelles bases, puis l’extrême
droite (!) aurait compris que la guerre était bel et bien terminée. Enfin,
la France aurait pu apprécier plus justement sa victoire et constater sur
place ce qu’elle pouvait demander ou non en réparations aux Allemands51.
3.4. La conduite de la guerre
Entre le 30 juin 1934 (la nuit des longs couteaux) et le 1er septembre
1939, un effort gigantesque fut entrepris en Allemagne pour se préparer à
la guerre. Le ministre de l’Économie, le Dr. Schacht, cacha les intensions
belliqueuses de Hitler, ce qui attira la confiance des banquiers étrangers
qui ont cru que les véritables motivations du Führer n’étaient que de
s’attaquer aux problèmes franco-allemands et de préparer le retour de
l’Allemagne dans le circuit économique mondial, alors qu’en fait, le Dr.
Schacht s’efforçait plutôt de " renforcer la position impérialiste de
l’économie allemande52 ". Cette politique ne profitait qu’aux grandes
entreprises, les grandes gagnantes de la politique de réarmement qui, en
retour, le rendaient bien au parti par de généreux versements dans ses
coffres.
Pour Strasser, la guerre, à n’en pas douter, débuta en 1938, avec une
offensive de propagande visant à démoraliser et à diviser l’adversaire.
Cette offensive psychologique, politique et économique déboucha avec
succès sur les accords de Munich53. Pourtant Strasser répétait à cor et à
cri, à qui voulait l’entendre depuis 1936, qu’avec Hitler c’était la
guerre ; puisqu’un tel régime ne peut survivre sans coups de théâtre, sans
crise perpétuelle, sans ennemis. Il faut que le peuple soit mobilisé,
qu’il n’ait pas le temps de réfléchir : lorsqu’on marche, on ne pense pas.
En toute logique, la guerre devient alors inévitable54.
Dans la logique strassérienne, la guerre ne pouvait que révéler les
profondes dissensions au sein du système hitlérien. Alors que les armées
de Hitler enregistrent des succès, la défection de Rudolf Hess fournit à
Strasser la première occasion de soulever l’imminent divorce armée -
parti. Selon lui, Hess n’est ni plus ni moins que la première victime d’un
plan dirigé par l’armée allemande afin de renverser le Führer. En effet,
Hess, parce que totalement dévoué à sa personne, représente un danger pour
les généraux. De plus, si l’éventuelle invasion de l’Angleterre devait se
solder par un échec, les généraux blâmeraient Hitler et le déposeraient
afin de négocier une paix séparée55. Dans un message retransmis sur les
ondes de Radio-Canada le 15 mai 1941, Strasser soutient qu’un plan de
putsch militaire avait été élaboré en avril 1941. Selon ses sources en
Allemagne, le groupe des militaires prussiens avait perdu confiance en
Hitler. Ils attendaient donc une défaite afin de mettre l’opinion publique
de leur côté et de justifier leur action56.
L’invasion de la Russie et les victoires de l’armée allemande à l’automne
1941 firent déferler une vague de pessimisme chez les Alliés. Strasser
pensait, en octobre 1941, soit avant que l’hiver russe ne vienne gâcher et
compliquer les choses, que les victoires allemandes n’étaient en
définitive que des victoires locales, que l’invasion de la Russie
s’imposait en raison de l’échec de Hitler à l’Ouest, c’est-à-dire de son
incapacité à mettre la Grande-Bretagne à genoux, dont l’invasion couronnée
de succès constituait la condition sine qua non pour une victoire
totale57.
À partir de ce moment précis, tout, dans l’esprit de Strasser, tend à
s’écrouler dans le système hitlérien. Tout devient preuve de cet
écroulement latent et inévitable. La nomination de Reinhard Heydrich à la
tête du protectorat tchèque, marquant la soi-disant transition vers le
stade final de l’ordre nouveau nazi en Europe, ne serait dans ce contexte
que le résultat de la frustration de Hitler à ne pouvoir asseoir son
hégémonie sur l’Europe58. Ce " désespoir " plonge ses racines dans le
bourbier russe qui provoque le désillusionnement des généraux et de la
population en général. L’armée se bat tant qu’il y a de l’espoir : cet
espoir meurt à petit feu en Russie. Le soldat ne voit dans l’avenir qu’une
succession de batailles, sans jamais en voir la finalité : la guerre sans
fin. Les généraux, nous dit encore Strasser, en sont tout à fait
conscients59.
Le découragement pousse Hitler à mettre en scène l’unité de l’Axe. La
signature du pacte anti-komintern à Berlin lui donne l’occasion de montrer
une Europe unie dans une lutte commune contre le communisme. Cet exercice
n’est évidemment qu’une façade pour Strasser, qui tient pour preuve
l’intense activité de résistance dans ces pays. Hitler " singe " Napoléon
(1803) qui avait lui aussi rassemblé ses alliés, espérant ainsi obtenir la
paix avec l’Angleterre. La paix ne vint pas et, comme Hitler, Napoléon
avait engagé ses armées dans une difficile guerre à l’Est60.
Évidemment, l’entrée en guerre des États-Unis suite à l’attaque japonaise
sur Pearl Harbour, fournit l’occasion à Strasser de faire d’autres
analogies historiques. Dans le cadre d’une entrevue accordée au quotidien
The Gazette, il entrevoit la fin prochaine de la guerre. Les États-Unis
déclarent la guerre à la troisième année du conflit (pour Strasser, on l’a
vu, la guerre débuta en 1938) tout comme durant le premier conflit
mondial, alors qu’ils n’intervinrent qu’en 1917. Les démocraties, poursuit
Strasser, gagnent à tous les niveaux - militaire, économique et
psychologique. Se souvenant de l’effet dévastateur de la déclaration de
guerre américaine de 1917 : " ce fut un moment de dépression
indescriptible, qui sera non seulement répété aujourd’hui, mais qui sera
plus grand encore en raison de l’impasse sur le front russe "61.
Avec l’entrée du Japon, la guerre s’étend au théâtre asiatique. Selon
Strasser, il n’est plus possible pour les Alliés de garder la même
stratégie de guerre d’usure. Il faut en finir le plus rapidement et avec
le moins de pertes possibles avec la guerre en Europe, pour s’attaquer
ensuite au Japon. Il s’agit là de deux guerres différentes de par leur
nature. Si la guerre en Europe est idéologique et transcende ainsi les
nations, les classes et même les familles, c’est l’avenir même de la
civilisation occidentale, de la " race blanche " qui se joue en Asie, de
là toute l’importance du front pacifique62.
3.5. L’Allemagne d’après-guerre et le programme strassérien
Dans la préface de son livre L’Aigle prussien sur l’Allemagne, Strasser
expose en quelques lignes sa conception de l’après-guerre :
Je suis intimement convaincu que, sans une Allemagne satisfaite, ni
l’Europe ni le Monde (sic) ne seront jamais satisfaits ; j’affirme donc
que, sans l’annihilation complète du nazisme et du prussianisme, il ne
pourra jamais exister une Allemagne pacifique et chrétienne63.
Si l’on en croit Strasser, il n’existe pour les Allemands que deux options
politiques. Ses pamphlets en font d’ailleurs souvent allusion :
L’Allemagne n’[avait] le choix qu’entre deux options desquelles dépendait
son existence en tant que nation : l’une [consistait] en une réforme
interne, ce qui [voulait] dire le socialisme ; l’autre [consistait] en une
tentative d’exploitation du reste du monde, afin que peut-être les énormes
richesses accumulées par les quelques individus qui dirigent l’Allemagne,
débordent et atteignent le petit. Mais la domination et l’exploitation du
monde ne sont atteignables que d’une façon et tout se résume par un choix
: révolution interne ou seconde guerre mondiale64.
En définitive, deux éléments se posent comme conditions sine qua non à une
victoire ultime sur le nazisme : la défaite militaire de Hitler et de la
Prusse et la victoire spirituelle sur le nazisme - le point le plus
important. Celle-ci consiste, pour Strasser, en la destruction complète de
l’esprit prussien afin d’éviter une résurgence de ses instincts
impérialistes et belliqueux qui conduirait inévitablement à une autre
guerre, qui pourrait bien prendre " les traits du marteau et de la
faucille"65.
Sur le plan politique, cela signifie diviser la Prusse et garder
l’Allemagne intacte; briser l’esprit prussien, détruire la Prusse jusque
dans ses racines, c’est-à-dire détruire le " junkerisme ", le militarisme
et l’esprit de la soldatesque, ainsi que le "?prusso-centrisme " qui
caractérise l’histoire de l’Allemagne depuis 1871. Dans ce même article,
il résume l’essentiel de son programme politique en cinq points :
1) démocratie économique et coopération sociale ;
Lorsque Strasser parle de " démocratie économique " et de " coopération
sociale ", il veut vraiment dire une économie au service des intérêts de
la communauté du peuple, dont les membres partagent la possession et la
gestion. Le "?retour à Dieu " signifie à la fois le retour aux valeurs
chrétiennes et la chrétienté comme trait-d’union de l’Allemagne fédérée et
de l’Europe.
Mais encore faut-il, avant de bâtir cette communauté, purger les horreurs
du nazisme, punir les crimes commis, et Strasser a, à cet égard, son
propre plan. Le manifeste du mouvement de l’Allemagne libre proclame :
"?Guerre au nazisme et punition à tous ceux qui sont coupables de ses
horreurs "67. La première opération serait de prendre bien soin de ne pas
mettre tous les Allemands dans le même panier, ce qui équivaudrait à jouer
le jeu de Hitler, qui tentait de faire de tous les Allemands ses
complices. La distinction entre " bons " et " mauvais " Allemands se pose
comme base à toute action judiciaire suivant la défaite du nazisme.
Strasser, s’il prenait la tête d’un gouvernement allemand d’après-guerre,
agirait selon ces principes de base : tous les criminels seraient jugés
dans les pays où ont été commises leurs horreurs, tandis qu’en Allemagne
même, les procès auraient lieu en trois phases. En premier lieu, les têtes
dirigeantes (environ 100 personnes) du parti, les leaders économiques et
militaires, feraient face à la justice et seraient passibles de la peine
de mort ; les chefs intermédiaires seraient ensuite jugés ; finalement,
les millions de SS et les membres de la Gestapo seraient traduits en
justice en bloc, parce que trop nombreux. Ceux-ci seraient enrôlés au sein
de bataillons de travail et forcés de reconstruire ce qu’ils avaient
eux-mêmes détruit dans les pays qui souffrirent de l’occupation allemande.
Les membres du parti (environ 5 à 7 millions de personnes) verseraient
l’équivalent de leur contribution dans la caisse du parti pendant une
période de dix ans. Ces sommes constitueraient un fond d’aide à la
reconstruction de l’Europe68.
Ce plan est fort peu sévère et manque de réflexion, sinon de recul.
Aveuglé par la foi qu’il a envers le courage et le bon jugement de ses
compatriotes, Strasser minimise l’ampleur de l’horreur de cette guerre. Il
est vrai cependant que le sort des juifs d’Europe n’est pas encore connu
du public et que les Alliés, au courant depuis 1942, ne réaliseront
pleinement l’extrême monstruosité des crimes commis, qu’à la libération
des camps.69
4. Les valeurs
Les textes rédigés par Otto Strasser sont aussi le reflet de valeurs qui,
pour l’essentiel, s’opposent à celles issues de la Révolution française.
Le voile de retenue ne réussit pas complétement à dissimuler les tendances
anti-libérales de Strasser. Cet ensemble de valeurs guident la vision du
monde de Strasser et, par conséquent, ses idées politiques. Au faîte de
son échelle de valeurs, se trouvent la foi en Dieu et dans les dogmes
chrétiens70. Cette valeur tient la place suprême dans sa vision du monde
et a été héritée de son père, Peter, profondément religieux, qui plaçait
alors celle-ci au premier plan de sa pensée politique. La foi chrétienne
est l’élément clé : elle était le vecteur de l’unité européenne du Moyen
Âge et le bris de cette unité confessionnelle provoqua la désunion de
l’Europe au XVIe siècle. La Révolution française marquait le début d’un
processus de laïcisation de l’Europe et Strasser compte bien faire de
l’idée chrétienne la base de la reconstruction de l’Europe.
L’amour de la patrie ne fait aucun doute chez Strasser. Héros de la
Première Guerre mondiale, il combattit au sein des corps francs et
défendit même le gouvernement républicain légitime contre les putschistes
de Kapp. Le nationalisme, dans la pensée de Strasser, est intimement lié
au christianisme. L’Allemagne strassérienne se pose comme le flambeau de
l’Europe fédérée. Elle est également völkisch ; épurée de ses étrangers -
les Juifs notamment, qu’il appelle souvent Palästiner71 -, elle pourra
enfin devenir une Volksgemeinschaft. Strasser reconnaît à son peuple une
grande moralité, un sens aigu de la justice et c’est pourquoi il croit
sincèrement qu’il se trouve en Allemagne une majorité d’opposants au
régime hitlérien. Ce peuple, toutefois, n’est pas fait pour la démocratie.
Il a besoin d’une forte direction, ce que le plan de Strasser saisit
parfaitement, de l’avis du principal intéressé.
Cette propension qu’il a de parler de l’Europe et de la coopération
connaît ses limites ; si l’Allemagne "?exportera " son système politique,
elle vivra en vase clos. En 1931, Strasser avait écrit : " Ni Rome, ni
Moscou, mais l’Allemagne, rien que l’Allemagne ! "72. On sent ce
nationalisme restrictif et résolument tourné vers lui-même dans sa volonté
que soient réglés les problèmes allemands par des Allemands, notamment au
niveau de la conduite de la guerre : que les Alliés se chargent de la
guerre "?externe ", les Allemands s’occuperont de la propagande et de
l’organisation du soulèvement interne73. Le même sentiment se dégage de la
lecture des plans de Strasser pour punir les criminels de guerre74.
L’antilibéralisme de Strasser, malgré des efforts évidents pour le cacher,
est apparent dans les articles qu’il rédige en exil. Ainsi, il prend ses
distances lorsqu’il parle des " démocraties " comme d’un groupe distinct
sans liens idéologiques et culturels avec l’Allemagne. Celles-ci sont
après tout responsables de cette guerre, d’abord parce qu’elles n’ont
cherché qu’à écraser l’Allemagne avec le diktat de Versailles et ensuite,
parce qu’elles ont, par leur faiblesse, pavé la voie à Hitler. Cet esprit
antidémocratique est doublé d’un fort ressentiment à l’égard du système
économique capitaliste. S’il n’est pas aussi explicite que dans ses textes
rédigés avant son arrivée à Montréal, Strasser dévoile ses penchants
lorsqu’il relate comment Hitler s’allia le grand capital, ou lorsqu’il
parle de "socialisme"75.
Strasser est un conservateur, peu porté sur la modernité, contrairement à
d’autres révolutionnaires-conservateurs76. En mettant de l’avant le retour
à Dieu, l’idée de fief, il prône, à l’instar d’Edgar Jung, un retour ni
plus ni moins au Moyen Âge, apogée de la solidarité européenne. Le présent
n’a donc aucune importance pour lui : il se pose tout au plus comme un
stade transitoire vers un futur porteur des vraies valeurs germaniques.
Les constants retours dans l’histoire, à cette Europe du Moyen Âge dont
l’unité fut brisée en 1530, s’imposent ici comme autant de preuves. Ce
retour au conservatisme sera le symbole de l’union européenne qui aura
retrouvé des valeurs comme la solidarité, la spiritualité, bref le "?nous
" comme élément central de la vision du monde.
Des valeurs liées à la personnalité de Strasser interpellent également le
lecteur attentif : le courage, le penchant pour l’action, cette volonté
qu’ont certains individus à jouer un rôle actif, mais aussi l’honneur ou
l’héroïsme; nous ne les avons pas traitées en profondeur parce qu’elles
ont peu d’incidences directes sur ses idées politiques, bien qu’en
revanche, elles jouent un rôle importantdans l’articulation de sa vision
du monde. Ces valeurs sont généralement implicites, indirectement
affirmées dans les écrits montréalais de Strasser. On les " sent "
toutefois présentes entre les lignes, ou sous une fine couche de retenue,
qui ne se manifeste que par l’emploi de certains termes ou par un certain
bémol dans sa rhétorique.?
* *
*
Si nous dressions un bilan de l’activité d’Otto Strasser en sol
montréalais, la continuité et une légère évolution de sa pensée, imputable
à la guerre qui, forcément, changea quelque peu sa perspective, seraient
les points saillants. Ses attaques contre l’esprit prussien et le
prussianisme en général, son ouverture aux démocraties ne doivent pas
atténuer notre appréciation de son activité de polémiste. En attaquant le
prussianisme, c’est véritablement à l’encontre du grand capital et de la
monarchie qu’il s’insurge. Son opposition au nazisme hitlérien est dans la
note du mouvement révolutionaire-conservateur, puisqu’il fonde celle-ci
sur des principes essentiellement idéologiques : la collusion avec
l’industrie lourde et les élites prussiennes, "?l’embourgeoisement " du
parti, le primat de la volonté du Führer sur l’idée nationale-socialiste,
la stratégie légaliste... Aussi, il a une réaction typiquement bourgeoise
à l’égard des origines modestes de Hitler et de son rang dans l’armée. Ses
articles portant sur l’entre-deux-guerres sont l’occasion d’attaquer le
"?système?" démocratique de Weimar et ses faiblesses, sinon de rappeler
son caractère étranger à la nature allemande. Il en est de même lorsqu’il
met l’accent sur l’inéluctabilité de la révolte des Allemands contre le
régime de Hitler : ainsi, il défend sa thèse de la " révolution latente ".
Le programme qu’il défend au Canada est essentiellement le même qu’à
l’époque de l’aile gauche du NSDAP ou du Front Noir. Son projet politique
prône toujours, à mots feutrés, l’instauration d’une communauté du peuple
(Volksgemeinschaft) allemande, la fédération des États allemands autonomes
et, dans une certaine mesure, auto-gouvernés, la fédération européenne
unie sur la base du christianisme et du nationalisme, retrouvés enfin
après près de quatre cents années de désunion.
La pensée politique d’Otto Strasser s’inscrit volontiers dans la foulée de
la tradition antidémocratique allemande qui tire ses racines du romantisme
et qui fut répandue au XIXe siècle par des auteurs tels que Julius
Langbehn et Paul de Lagarde. Ces deux critiques culturels élaborèrent des
schémas de réflexion qui inspirèrent des hommes comme Oswald Spengler,
Arthur Moeller van den Bruck, Edgar Jung, tous membres, pour la plupart,
de cette " génération du Front " imbue des " idées de 1914 " qui se
sacrifia inutilement dans une guerre qui changea d’un coup les mentalités,
marquant de façon très dure la difficile transition vers la modernité. Ce
groupe d’hommes dont Otto Strasser faisait partie, fort de cette tradition
antidémocratique, s’insurgea contre cette modernité (technique et
culturelle) qui brisait toutes les valeurs dans lesquelles il avait été
élevé, pour lesquelles il s’était battu et auxquelles il croyait
par-dessus tout. En raison des valeurs qu’il défendait, de sa vision du
monde, du programme politique qu’il élabora, Otto Strasser était un
révolutionnaire-conservateur au même titre que Jung, Spengler, Moeller van
den Bruck, et ce malgré son association avec le parti national-socialiste,
qui fut motivée par son ambition politique démesurée et par une
incompréhension des véritables desseins du mouvement nazi. Ses origines
bourgeoises, son engagement dans la guerre et ses influences
intellectuelles ne font que confirmer cette "?appartenance " à ce
mouvement d’intellectuels d’extrême droite.
1-Cet article n’aurait jamais vu le jour sans l’aide financière du GERSI
(Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale) et du
CCEAE (Centre canadien d’études allemandes et européennes), qui nous ont
permis de nous rendre à Strasbourg afin d’y effectuer un court mais
fructueux séjour de recherche. Au Centre d’Études germaniques de
Strasbourg, Mme Christiane Falbisaner-Weeda nous a reçu avec un
professionnalisme et une gentillesse qui ont grandement facilité nos
efforts, ce pourquoi nous la remercions vivement. Cet article est en
partie tiré de notre mémoire de maîtrise (M.A.) portant sur l’activité de
propagandiste d’Otto Strasser en Amérique du Nord, intitulé : Un
national-socialiste en exil à Montréal. Les activités anti-hitlériennes
d’Otto Strasser et la Révolution conservatrice (1941-1943), (Université de
Montréal, 1998), 120 pages. Nous remercions également notre directeur, le
professeur Paul Létourneau, pour son support à la fois moral et
intellectuel.
2-Hormis pour les travaux des sympathisants de la tendance Strasser -
Douglas Reed, Nemesis ? The Story of Otto Strasser and the Black Front,
(Boston, Houghton Miffin, 1940) et The Prisoner of Ottawa : Otto Strasser,
(Londres, Jonathan Cape, 1953); Karl O. Paetel, " Otto Strasser und die
"Schwarze Front" des "wahren Nationalsozialismus" ", Politische Studien,
8, 92 (Dezember 1957) - il n’existe pas d’études portant sur l’évolution
de la pensée politique d’Otto Strasser durant son séjour au Canada. Notons
cependant qu’un article fort intéressant est paru sur la présence de
Strasser au Canada et sur le rôle des autorités britanniques et
canadiennes : Robert Keyserlingk, " Political Warfare Illusions : Otto
Strasser and the Britain’s World War Two Strategy of National Revolts
Against Hitler ", The Dalhousie Review, 61, 1 (1981), pp. 71-92.
3-Patrick Moreau, La Communauté de combat nationale-socialiste
révolutionnaire et le Front Noir - Actions et idéologie en Allemagne,
Tchécoslovaquie et Autriche de 1930 à 1935, Thèse de doctorat de 3e cycle
d’histoire, (Université de Paris-I, Sorbonne, 1978), p. 2.
4-Otto Strasser et Michael Stern, Flight from Terror, (New York, Robert M.
McBride et Co., 1943), p. 11. Sauf indication contraire, les traductions
de l’allemand et de l’anglais sont de l’auteur de l’article.
5-Notamment, " Vierzehn Thesen der deutschen Revolution ", dans Richard
Schapke, Die Schwarze Front. Von den Zielen und Aufgaben und vom Kampfe
der Deutschen Revolution, (Leipzig, Wolfgang Richard Lindner Verlag,
1932), p. 98 : " Ainsi nous, les jeunes, sentons le pouls de la Révolution
allemande et nous, soldats du front, voyons devant nous le visage du futur
proche [...]".
6-Moreau, op. cit., p. 4. Sur l’antisémitisme d’Otto Strasser, on
consultera : David Bankier, " Otto Strasser und die Judenfrage ", Bulletin
des Leo Baeck Instituts, 60 (1981), pp. 3-20.
7-Verband nationalgesinnter Soldaten (VnS).
8-Akademischer Kriegteilnehmerverband SPD.
9-Moreau, op. cit., p. 5 ; Reed, The Prisoner of Ottawa..., op. cit., p.
58 et Otto Strasser, L’Aigle prussien sur l’Allemagne, (Montréal, Bernard
Valiquette, 1941), p. 104.
10-Les mouvements de grève des ouvriers de la Ruhr, qui démontraient leur
mécontentement à l’égard du traitement clément des fauteurs du putsch de
Kapp, furent réprimés dans le sang par les corps francs. Le bilan est
lourd : 3 000 morts. Alfred Wahl, L’Allemagne de 1918 à 1945, (Paris,
Armand Colin, 1993), p. 27.
11-Moreau, op. cit., pp. 6-7 et Strasser, Mein Kampf. Eine politische
Autobiografie, (München, Heinrich Heine Verlag, 1969), pp. 13 sq.
12-Nationalistische Freiheitsbewegung Großdeutschland. Moreau, op. cit.,
pp. 13-14.
13-Dans un récent ouvrage, Christoph H. Werth résume bien cette allégeance
tout à la fois au nationalisme et au socialisme. Loin d’être un thème
nouveau dans la pensée révolutionnaire-conservatrice, il fut toutefois
développé de façon particulière par le cercle Strasser. Christoph H.
Werth, Sozialismus und Nation. Die deutsche Ideologiediskussion zwischen
1918 und 1945, (Wiesbaden, Westdeutscher Verlag, 1996), pp. 243 et sq.
14-Ibid., pp. 18-19, et Peter Stachura, Gregor Strasser and the Rise of
Nazism, (Londres, George Allen and Unwin, 1983), pp. 38-39.
15-Arbeitsgemeinschaft der nord- und westdeutschen Gauleiter der NSDAP.
16-Le manuscrit : Arbeitsgemeinschaft der nord- und westdeutschen
Gauleiter der NSDAP, Der nationale Sozialismus : Dispositionsentwurf eines
umfassenden Programms des nationalen Sozialismus, tiré de Reinhard Kühnl,
" Zur Programmatik der nationalsozialistischen Linken : Das
Strasser-Programm von 1925-26 ", Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 14
(1966), pp. 317-333.
17-" Vierzehn Thesen der Deutschen Revolution ", parurent originalement
dans les Nationalsozialistische Briefe en 1929; la copie que nous
possédons est tirée de Schapke, op. cit., pp. 98-101.
"?Nationalsozialismus und Staat ", Grünen Hefte der NS Briefe, n. 1 : Der
Nationalsozialismus - die Weltanschauung des 20. Jahrhunderts, (Berlin,
Kampfverlag, 1929). Otto Strasser, Aufbau des deutschen Sozialismus,
(Leipzig, W. R. Lindner Verlag, 1932), 101 p.
18-O. Strasser, le major Buchrucker et Herbert Blank, " Die Sozialisten
verlaßen die NSDAP. Aufruf der Strasser Gruppe anläßlich ihner Abspaltung
der NSDAP ", Der nationale Sozialist, 110 (4. Juli 1930), tiré de
Strasser, L’Aigle prussien..., op. cit., pp. 211 sq. Pour ce qui concerne
Gregor Strasser, il restera au sein du parti et deviendra, par sa qualité
de Reichsorganisationsleiter, le numéro 2 du NSDAP et l’interlocuteur
prévilégié avec les autres partis politiques. Le 8 décembre 1932, il
remettra sa démission et sera abbattu lâchement dans sa cellule lors de la
purge du 30 juin 1934. Sur Gregor, on consultera avec un vif intérêt :
Peter Stachura, " Der Fall Strasser : Gregor Strasser, Hitler and National
Socialism ", in Peter Stachura (sous la direction de), The Shaping of the
Nazi State, (Londres, Croom Helm, 1978), pp. 88-130. La lettre de
démission en allemand se trouve aux pp. 113-115, suivie de sa traduction
anglaise.
19-Sur le Special Operations Executive, voir : Michael Balfour, Propaganda
in War 1939-1945. Organisations, Policies and Publics in Britain and
Germany, (Londres, Routledge and Kegan Paul, 1979) Richard Deacon, A
History of the British Secret Services, (New York, Taplinger Publishing
and Co, 1969) ; Michael R. D. Foot, " Was the SOE Any Good ? ", Journal of
Contemporary History, 16 (1981), 167-181; David Stafford, Britain and
European Resistance, 1940-1945. A Survey of the Special Operations
Executive, with Documents, (Toronto, University of Toronto Press, 1980).
20-En plus de commenter à brûle-pourpoint différents événements majeurs
dans le déroulement de la guerre, Strasser disposait d’une colonne
régulière dans les pages du quotidien The Gazette. Cette collaboration
s’échelonna entre le 22 août 1941 et le 20 juillet 1942.
21-Chronique littéraire : " Books of the Day and their Authors ", The
Gazette, 4.10.1941, p. 10.
22-Dans la même chronique. Otto Strasser, Germany Tomorrow, (Londres,
Jonathan Cape, 1940).
23-MacDonald, " Nazis Know War Lost, as in 1917, Due to U. S. Entry Says
Strasser ", The Gazette, 12.12.1941, p. 13.
24-Louis Dupeux, " "Kulturpessismismus", konservative Revolution und
Modernität ", in Manfred Mangl et Gérard Raulet (Hrsg.),
Intellektuellendiskurse in der Weimarer Republik. Zur politischen Kultur
einer Gemengelage, (Frankfurt a. M., Campus-Verlag, 1994), p. 291.
25-Louis Dupeux, Stratégie communiste et dynamique conservatrice. Essai
sur les différents sens de l’expression " National Bolchevisme " en
Allemagne sous la République de Weimar (1919-1933), Thèse de doctorat
d’État, Université de Paris-I, (Paris, Honoré Champion, 1976), p. 5 ;
Stefan Breuer, Anatomie de la Révolution conservatrice, (Paris, Éditions
de la Maison des sciences de l’homme, 1996), p. 228.
26-Bernhard Jenschke, Zur Kritik der konservativ-revolutionären Ideologie
in der Weimarer Republik. Weltanschauung und Politik bei Edgar Julius
Jung, (München, Verlag C.H. Beck, 1971), p. 30.
27-Strasser, L’Aigle prussien..., op. cit., p. 8.
28-Ibid., p. 16.
29-Ibid., p. 54.
30-Ibid., pp. 56-57, et MacDonald, " Strasser Pictures Post-War Germany ",
The Montreal Gazette, 22.08.1941, p. 13.
31-" Strasser Sees Reichswehr Plot to Make Göring Germany’s Ruler ", The
Montreal Gazette, 10.09.1941, p. 14.
32-Ibidem.
33-" Nazi Party, Army Break Imminent ; Russian War Factor, Says Strasser
", The Montreal Gazette, 19.11.1941, p. 7.
34-" Strasser Says Prussian Generals Quitting Now as in August 1918 ", The
Montreal Gazette, 31.12.1941, p. 17.
35-Cette précision sémantique avait été à l’origine de la première
querelle entre Hitler et Strasser lors de leur première rencontre en 1920.
Cf. notamment Strasser, Mein Kampf..., op. cit., pp. 13 sq.
36-Selon Strasser, le mouvement national-socialiste est né en
Tchécoslovaquie en 1897, lorsque le leader travailliste d’origine
autrichienne, Klofac, devint le président du parti national-socialiste
tchécoslovaque. Il devait cependant quitter le parti parce qu’il répudiait
le marxisme matérialiste et le leadership de Vienne, puis parce qu’il
voulait promouvoir l’idée nationaliste. Plus tard, Masaryk et Bénès
poursuivront cette tradition. " Nazism. Its Origin, Activity, and Doom ",
Dalhousie Review, 21, 2 (1941), p. 273.
37-Ibid., pp. 273-274.
38-Ibid., p. 277.
39-" Strasser Stresses Peril of Nazi Win ", The Montreal Gazette,
8.12.1941, p. 11.
40-Strasser et Michael Stern, Flight..., op. cit., p. 81.
41-Nazism. Its Origin..., loc. cit., p. 278.
42-Ibid., p. 279.
43-Strasser et Stern, Flight..., op. cit., p. 81.
44-Ibid., p. 87.
45-" Nazism. Its Origin..., loc. cit., p. 282.
46-" Hitler Preparing for Civil War at Home Declares Otto Strasser ", The
Montral Gazette, 11.02.1942, p. 7. Ces arguments sont de la pure
fabulation, puisque ces réaffectations étaient dues à deux choses :
l’effort de guerre plus important et l’application de la "?solution
finale?".
47-L’Aigle prussien..., op. cit., pp. 24-26.
48-Bien que le Congrès s’opposât à ce que les États-Unis fassent partie de
la SDN, il n’en demeure pas moins qu’ils jouèrent un rôle majeur dans sa
création.
49-Ibid., pp. 62-63.
50-Ibid., pp. 98-99 et " Nazism. Its Origin... ", loc. cit., p. 278.
51-L’Aigle prussien..., op. cit., pp. 100-101.
52-Ibid., pp. 315-316.
53-Ibid., pp. 333-334.
54-Sur cette question, l’analyse de Strasser est semblable à celle que
feront les historiens de " l’école " totalitariste dans les années 1960,
soit, entre autres, Hannah Arendt, Hans-Joachim Winkler, Walther Hofer et
Carl Friedrich.
55-" Strasser Sees Rift of Army and Party ", The Montreal Gazette,
14.05.1941.
56-" Strasser Alleges Nazi Revolt Plan ", The Montreal Gazette, 16.05.
1941, p. 13.
57-" Strasser Holds Russian Setbacks by no Means Defeat for British ", The
Montreal Gazette, 22.10.1941, p. 2. Jamais, dans son analyse de la
politique étrangère nazie, Strasser ne souligne l’importance de
l’opération en Russie. On doute fort qu’il n’ait pas compris qu’il
s’agissait de l’objectif suprême de la politique étrangère du Troisième
Reich. Puisque le programme du Front Noir soulignait lui aussi la
nécessité d’acquérir des terres (sans toutefois préciser où), il est
permis de penser qu’il élude tout simplement la question. Nous renvoyons
le lecteur au document suivant : " Vierzehn Thesen der Deutschen
Revolution ", in R. Schapke, Die Schwarze Front..., op. cit., pp. 94-98 ;
en anglais : Barbara M. Lane et Leila J. Rupp (Éd.), Nazi Ideology before
1933. A Documentation, (Austin, University of Texas Press, 1978), pp.
107-110
58-" Strasser Says New Nazi Terrors Sign of Very Real Desperation ", The
Montreal Gazette, 8.10.1941, p. 7.
59-" Nazi Party, Army Break Imminent ; Russian War Factor, Says Strasser
", The Montreal Gazette, 19.11.1941, p. 7.
60-" Hitler Once More Apes Napoleon in Assembling Puppets of Europe ", The
Montreal Gazette, 3.12.1941, p. 10.
61-Donald C. MacDonald, " Nazis Know War Lost as in 1917, Due to U.S.
Entry Says Strasser ", The Montreal Gazette, 12.12.1941, pp. 13-14.
62-" A New Strategy of War and Peace ", Dalhousie Review, 22, 1 (1942),
pp. 58-63.
63-L’Aigle prussien..., op. cit., p. 11.
64-Strasser et Michael Stern, Flight from Terror, op. cit., p. 239. Cet
extrait provient d’un pamphlet rédigé par Strasser, probablement en 1938.
Bien qu’il ne mentionne pas le titre, nous croyons qu’il puisse s’agir de:
Innere Revolution oder Weltkrieg.
65-" Nazism. Its Origin..., loc. cit., p. 285.
66-Ibid., p. 286.
67-" Strasser Says Guilty Nazi Heads Should Get Post-War Punishment ", The
Montreal Gazette, 5.11.1942, p. 2.
68-Idem. et Strasser, " To Make Britain’s Victory Complete ", loc. cit.,
pp. 154-165.
69-Voir notamment Dennis L. Bark et David R. Gress, Histoire de
l’Allemagne depuis 1945, (Paris, Robert Laffont, 1992), pp. 3 sq. D’aucuns
disent, peut-être avec raison, que le processus de dénazification ne fut
pas lui non plus très sévère.
70-Cette valeur est présente dans nombre de ses écrits et a une influence
certaine sur ses idées politiques depuis son retour de la Première Guerre
mondiale. Le manuscrit du congrès de Hanovre, les deux textes polémiques
de 1929, le manifeste du Front Noir, ses écrits en exil, portent tous la
marque indélébile de cette valeur centrale dans la pensée de Strasser.
71-Cf. section V. du programme de l’Arbeitsgemeinschaft : " Kulturpolitik
", point numéro 1 sur la question juive. Kühnl, loc. cit. Il est
intéressant de constater que Strasser resta fidèle à ses idées antisémites
jusqu’à sa mort ; dans son autobiographie, auquelle il ajoute quelques
documents, il reproduit des extraits choisis du programme de 1925-26, en
prenant bien soin d’y inclure sa solution au " problème juif " : Strasser,
Mein Kampf..., op. cit., p. 215. (Publiée en 1969).
72-Ulrich von Utten (Otto Strasser), " Rußland und wir ", Die Schwarze
Front, 1, 6 (8. September 1931), tiré de Louis Dupeux, Stratégie
communiste et dynamique conservatrice..., op. cit., p. 503.
73-Notamment dans : " Nazi Home Front... ", loc. cit., pp. 13-14 ; " To
Make Britain’s Victory Complete ", loc. cit., p. 160; " Collapse of the
Hitler System Predicted in Letter from Nazi ", The Montreal Gazette,
1.03.1942, p. 10.
74-" Strasser Says Nazi Heads Should Get Post-War Punishment, loc. cit.,
p. 2.
75-Par exemple dans L’Aigle prussien sur l’Allemagne, op. cit., " Nazism.
Its Origin..., loc. cit., ou encore Flight from Terror, op. cit.
76-Notamment Ernst Jünger.
Positionner Otto Strasser dans le spectre de la résistance antinazie n’est
pas une mince tâche. Hôte inconfortable partout, il ne réussit jamais à
s’allier ses compatriotes en exil, qu’ils fussent de gauche ou même de
droite. Certes Strasser soutint une activité qui dénote un courage
certain, mais qui, cependant, ne fut jamais motivée par des raisons
d’ordre moral. L’ambiguïté de ses positions vis-à-vis du nazisme n’était
certainement pas étrangère au malaise qu’il créait un peu partout, à plus
forte raison encore chez ses compatriotes en exil. Au Canada, ces
équivoques viendront s’ajouter au déroulement de la guerre et causeront sa
déchéance, son chant du cygne. Sans appuis politiques importants, il dut
se résigner à une activité de polémiste.
2) autonomie gouvernementale et fédéralisme ;
3) fédération de tous les États européens ;
4) coopération avec toutes les démocraties du monde (ce que l’Allemagne ne
serait évidemment pas) ;
5) retour à Dieu66.
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